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L'ORIGINE DE DIONEE.
Dionaea est un genre monospécifique (une
seule espèce pour ce genre), actuellement classé
comme une Eucotylédone placée dans l’Ordre des Caryophyllales
et la famille des Droséracées, importante famille de plantes
carnivores à laquelle appartiennent également Aldrovanda
(la petite Dionée aquatique), Drosera
et Drosophyllum. Toutefois, Drosophyllum est, sur la
base de comparaisons de séquences ADN, séparé des
Droséracées et classé dans la famille des Drosophyllacées.
La génétique indique une étroite parenté entre
le genre Aldrovanda, très largement répandu sur
la planète, et le genre endémique Dionaea. Si la
position de Dionée en tant que membre de la famille des Droséracées
est reconnue, certains botanistes proposent la création d’une
famille spécifique pour Dionée : Dionaeceae (Schnell,
2002). La filiation de la famille Droséracées traverse
une zone de turbulences. En effet, l’irruption de la phylogénie
moléculaire a conduit à la classification des angiospermes
en zone d’instabilité depuis ces vingt dernières années.
Pendant longtemps classées dans l’ordre des Sarracéniales,
les Droseraceae changent d’ordre depuis une vingtaine d’années.
Dahlgren commence les manœuvres en 1983 en la plaçant dans
l’ordre des Droserales; Conquist (1988) la
voit plutôt parmi les Nepenthales, classe des Magnoliidae; en 1992,
Thorne la situe plutôt dans l’ordre des Saxifragales; puis
Takhtajan, en 1997, dans l’ordre des Droserales. Enfin, en 1998,
l’Angiosperm phylogeny group II la place dans l’ordre des
Caryophyllales.
Généralement, l’évolution des genres au sein
des Droséracées est vue, selon Williams (1976)
et Snyder (1985), de la façon suivante :
1-apparition du type Drosophyllum, sans mouvement.
2-transformation de celui-ci en type Droséra, à
mouvements lents.
3-apparition du type Dionée, à mouvements rapides.
Toutefois, si Dionée descend d’un ancêtre collant,
il ne semble pas certain que ce soit de Droséra. Selon
Jan Schlauer, le genre Dionaea a dû autrefois être
plus largement répandu, en effet des pollens fossiles du Tertiaire
européen (Fischeripollis undulatus du Miocène moyen)
lui sont attribués.
Le fossile le plus ancien de plante carnivore retrouvé date de
75 à 85 millions d’années (fin du Crétacé)
et appartient au genre Aldrovanda, donc une Droséracée
très proche de Dionaea : Paleoaldrovanda splendens
(Degreef, 1997). Cependant, nous n’avons aucune
information permettant d’affirmer que Paleoaldrovanda splendens
était pourvue de feuilles déjà carnivores ni même
de préciser la forme de celles-ci. Mais si nous nous fondons sur
l’environnement dans lequel vivait cet ancêtre (zones
humides d’îles tropicales caractéristiques du Crétacé
européen), nous pouvons supposer une plante aquatique et
dans ce cas les pièges de cet ancêtre ne devaient pas comporter
de tentacules mucilagineux du type de Drosera et Drosophyllum.
En revanche, nous avons un lamina d’Aldrovanda inopinata
du Miocène supérieur européen (environ
6 Ma) similaire au piége d’Aldrovanda vesiculosa
avec un long appendice plumeux (J. Schlauer, 1997).
Noms vernaculaires
Anglais : Venus’s fly trap, Tipitiwichet (ou Tippitiwitchet),
Fly trap sensitive, venus flytrap, VFT.
Français : Dionée, gobe mouche de Vénus et attrape
mouche de Vénus, dionée attrape-mouches, piège à
loup.
Allemand : Venusfliegenfalle.
Nom scientifique
Dionaea muscipula Solander ex Ellis 1768.
Synonymes
Ils sont dus aux difficultés d’échange des informations
il y a 2 siècles et à l’isolement des botanistes.
Un seul nom doit être utilisé, la règle de priorité
veut que soit retenu le plus ancien nom légitime. Aussi les noms
suivants, synonymes de Dionaea muscipula, doivent être
délaissés :
Dionaea crinata Solander 1768
Dionaea sensitiva Salisbury 1796
Drosera uniflora Willdenow
Dionaea muscicapa St Hilaire 1824
Drosera corymbosa Raffles 1833
Drosera sessiliflora G. Don
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L’histoire de la découverte de Dionaea muscipula.
Depuis sa découverte par les Européens au XVIIIème
siècle, Dionée fascine par sa mobilité puis par son
activité carnivore. Celle-ci choqua tant leurs croyances judéo-chrétiennes
qu’ils furent plus que réfractaires à la lui reconnaître,
cette anormalité bouleversant l’ordre naturel: un végétal
se nourrissant de l’animal. Cet article présente Dionée
et nous allons voir au travers de la classification que Dionée
est une plante terrestre et qu’elle doit son nom à des taxonomistes
clairvoyants comme l’illustre l’histoire de sa découverte.
Pour les Européens, l’histoire de Dionée commence
avec sa découverte au XVIIIème siècle. Nelson (1990)
retrace en détail cette découverte. Elle débute par
une lettre du 2 avril 1759 du Gouverneur Arthur Dobbs (1689-1765),
botaniste amateur irlandais, cofondateur de la Royal Dublin Society et
Gouverneur de la Caroline du Nord de 1754 à 1765, à Peter
Collinson, membre de la Royal Society of London, négociant en tissus
et mercier londonien, Quaker et pourvoyeur de plantes exotiques aux collectionneurs
européens. Cette lettre mentionnait la présence d’une
plante locale : catch fly sensitive (la future Dionée). Peter Collinson
demande à vérifier et qu’on envoie des spécimens
à son correspondant local de Philadelphie, John Bartram (1699-1777),
premier botaniste d’origine américaine, Quaker, membre fondateur,
avec Benjamin Franklin, de l’American Philosophical Society (1743).
Ce n’est que le 6 juillet 1768, soit près de 10 ans après
la lettre d’Arthur Dobbs, qu’un excentrique allemand collectionneur
de plantes, William Young, débarque à Londres avec des plants
mais, Peter Collinson venant de décéder entre-temps, ils
sont reçus par Daniel Carl Solander (1736-1782),
élève de Charles Linné et propagateur du système
de classification Linnéen en Grande Bretagne, où il fut
bibliothécaire de Kew Garden. La plante fleurit en août 1768,
permettant ainsi sa description dans le système linnéen.
Solander crée le nouveau genre Dionaea, décrit et nomme
la plante Dionaea crinita en référence au pistil ‘plumeux’
de Dionée à maturation, note le tout dans son carnet et
range celui-ci, car très occupé à préparer
son embarquement du 26 août 1768 sur l’Endeavour, avec James
Cook, pour les mers australes . John Ellis (1710-1776),
marchand de draps londonien, naturaliste amateur et auteur notamment d’un
important ouvrage sur les coraux, en entend parler, va la voir, et c’est
à lui, selon W.J. Dress (1980), que nous
devons le nom scientifique de Dionaea muscipula, ainsi que le
nom commun anglais de Venus’s fly-trap (le gobe mouche
de Vénus), donné dans une lettre du 23 septembre
1768 adressée au botaniste suédois Charles Linné.
Cette lettre, traduite en latin, fut publiée dans Nova Acta Regiae
Societatis Scientiarum Upsaliensis (vol 1, 98-101)
en 1773. Mais auparavant, John Ellis publie dans le Saint James’s
Chronicle daté du 01-03/09/1768 une première description
de la plante Dionaea muscipula. En 1990, Nelson rétablit
la primauté de Carl Solander. D’où le nom complet
actuel de la Dionée : Dionaea muscipula Solander ex Ellis
1768.
Mais si John Ellis émet l’hypothèse, dans sa lettre
à Linné datée du 23/09/68, que Dionée attrape
des insectes pour s’en nourrir, on répugne à cette
idée d’une plante se nourrissant d’animaux et cela
plus pour des raisons religieuses ou politiques que scientifiques. Dionée
est considérée comme une curiosité, un Miraculum
Natura (miracle de la nature) pour Linné.
Denis Diderot (1713-1788), que les menaces d’excommunication
n’émeuvent pas, franchit le pas dans ses “Eléments
de Physiologie” et conclut : "Voilà une plante presque
carnivore" (Diderot, 1775-1780, p.257). Toutefois,
il faudra attendre un siècle, en 1875, pour que Charles Darwin,
dans le chapitre 13 de son ouvrage Insectivorous Plants consacré
à celle qu’il appelle “one of the most wonderful in
the world”, faute de le démontrer expérimentalement
de façon définitive, expose clairement le processus de la
nutrition carnivore de la Dionée. Mais cela ne suffit pas et, au
début du XXème siècle, des scientifiques nient encore
l’existence d’espèces végétales carnivores
(Dubois, 1920) et la flore de Bonnier (1934)
continue à véhiculer cette négation dans ses rééditions
les plus récentes.
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L’étymologie de Dionaea muscipula
Dionaea : signifie "née de Dioné". Dioné,
dont le nom signifie “divine reine”, serait une ancienne et
importante Déesse Mère d’Asie Mineure adoptée
par les Grecs dans leur Panthéon. Dioné serait la forme
féminine de Zeus et sa parèdre.
L’origine de Dioné, 3 versions:
Dioné 1 : selon la tradition orphique, Apollodore (Bibliothèque),
Euripide (Hélène) et Hyginus (Fabulae), Dioné serait
la fille d’Uranus (Ciel) et de Gaia (Terre), donc une Titanide (les
sœurs de Titans) ;
Dioné 2 : mais, selon Hésiode (Théogonie), Dioné
serait plutôt la fille des Titans Océan et Thétis,
donc une Océanide (nymphes des fonds marins) ;
Dioné 3 : enfin, Dioné serait la fille d’Atlas et,
par son union avec Tantale, la grand-mère d’Atrée,
fondateur de la famille des Atrides (ou Atréides), célèbre
pour ses turpitudes : adultères, incestes, parricides, matricides
et fratricides.
Le choix du nom de Dionée comme euphémisme désignant
Aphrodite, déesse grecque de la beauté, fille de Dioné
et de Zeus , n’est pas neutre. En effet, ce ne sont pas les titres
qui manquent à Vénus ou Aphrodite (cf article intégral dans Dionée n°52).
Les nombreux attributs et épithètes (cf article intégral dans Dionée n°52) ne sont pas gratuits.
Ils correspondent parfois aux noms d’anciennes divinités
assimilées à Aphrodite et délimitent les subtils
contours de la divinité dans une religion polythéiste. Retenons
qu’Aphrodite, alias Dionée, est une divinité complexe
plus proche par ses attributs de la déesse Kali (déesse
de la mort et du renouveau) et qui colle particulièrement
bien à Dionée: une jolie petite fleur tueuse. Or, toutes
ces données étaient connues de l’honnête homme
du XVIIIème siècle et vous trouvez d’ailleurs dans
ces qualificatifs d’Aphrodite l’origine de bien des noms de
genres ou d’espèces végétales et animales.
Les auteurs du nom ont retenu le nom de la déesse que Platon, ce
fanatique de l’Au-delà, dont la pensée ascétique
nous empoisonne toujours, désigne dans Le Banquet, Aphrotide Pandemos
(commune), déesse d’un amour moins
“noble” qu’Aphrodite Urania (céleste).
L’idée que cette référence à Vénus
(ou Dioné) serait due à la forme particulière
des feuilles en forme de cœur de Dionée (?),
nous semble donc purement fantaisiste. C’est bien en référence
à Vénus en tant qu’ancienne Déesse-Mère
de la vie et de la mort que le nom a été choisi. En fait,
Vénus était dans l’air du temps en 1768.
L’origine de "muscipula":
En ce qui concerne la seconde partie du nom, le nom de l’espèce,
muscipula, signifie en latin souricière, piège à
souris, du latin muscipulum, de mus: souris et capio: j’attrape. Dionaea muscipula signifie donc la "souricière d’Aphrodite",
ce qui n’est pas exactement la traduction de Venus’s fly-trap
mais est étrangement très proche du Tipitiwichet bartramien.
Ce nom ne suit pas strictement la règle linnéenne, le nom
d’espèce n’est pas un qualificatif mais un substantif,
ce nom a toutefois été avalisé par Carl Linné alias Carolus Linnaeus (1707-1778), fameux taxonomiste
suédois qui posa les bases avec la classification binomiale de
la systématique scientifique actuelle (officielle
depuis le 1er congrès International de Botanique, Paris 1867).
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