À LA RENCONTRE DES PINGUICULAS ESPAGNOLES
ou la séduction des grassettes ibériques.



Article paru dans le bulletin DIONEE n°53 de Mars 2004



Plantes Carnivores

Mise à jour : 16/11/04

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Je remercie Eric Partrat et Serge Lavayssière de m'avoir kidnappé, sans trop insister, en ce mois d'avril 2003, pour ce long voyage carnivore de 4000 Km en 6 jours (et en voiture).





1er Jour.

10h00, je suis à l'heure voire avec un peu d'avance ce qui me laisse le temps d'admirer les plantes de Serge, plaisir toujours renouvelé. Nous sautons dans sa voiture, élue vecteur de nos futurs tribulations, pour rejoindre Eric à son domicile. Instant merveilleux, la visite de ses cultures de pinguiculas m'impressionne par la diversité. Après un café, nous prenons la route en direction du Gers, Peyrusse-Massas, la 1ère étape. Serge est au commande de l'engin, très à l'aise, et englouti le trajet sans daigner passer la main. L'hospitalité de Laurence et de Jean-Jacques Labat sont à recommander dans tous les bons guides. Il ne s'agit pas d'un homme bourru comme j'ai eu ouï dire mais d'un homme charmant, convivial et avant tout passionné. L'après midi se termine par une visite guidée nous faisant découvrir les pensionnaires de ses serres, multitude carnivore, rythmée par les croassement des reinettes et les sons flûtés des alytres (crapauds accoucheurs). J'ouvre mes oreilles et mes yeux, enregistrant tout ce qui se dit ou se voit. Le temps semble s'être arrêté, quel bonheur ! Nous sommes gâtés, nous assistons à une avant première, les portes du jardin carnivore se dérobent et toute l'intendance est là, serres, tourbières, paysages... il ne reste que les plantes.
Le sommeil fut de plomb après avoir parcouru quelques livres piochés dans sa bibliothèque personnel mais chut !


 

La dernière vision de la France avant de s'engouffrer dans le Tunnel de Bielsa (photo Serge Lavayssière).



Accrochées à la falaise, à la hauteur des yeux, floraison de P. longifolia, Canyon d'Anisclo.

2ème Jour. (Canyon d'Anisclo)

Nous prenons la direction de l'Espagne via le tunnel de Bielsa. Serge ne veut pas lâcher le volant. La neige est présente sur les sommets pyrénéens, mais aucune entrave pour circuler. A ce propos, Eric a le nez dans les cartes et dirige notre bolide. Après une longue route sinueuse et grimpante nous franchissons la frontière casi inexistante symbolisée par des constructions douanières désaffectées. La descente s'amorce et nous obliquons en direction du rio Bellos, le Canyon d'Anisclo pour admirer la floraison de Pinguicula longifolia ssp. longifolia.

Il s’agit une plante vivace, en rosette de 25cm de diamètre, endémique du centre des Pyrénées et rencontrée à une altitude de 700 à 1900m. Son habitat est un milieu humide, frais et ombragé, poussant sur les parois rocheuses calcaires verticales ou en surplomb. Les feuille estivales sont linéaires lancéolées avec la rare particularité de posséder des glandes digestives sur les 2 faces. La floraison s'étend d'avril à juin, les fleurs sont de couleur bleutée avec un soupçon de rouge. Les jeunes fleurs sont plus sombres que les vieilles.

Des multiples petites taches bleutées accrochées à la paroi nous accueillent, un comité de fleurs! Certaines ne sont que bourgeons et d'autres sont déjà délavées, presque flétries. Le début du spectacle semble récent devant le peu de fleurs fanées et ne durera que quelques mois, d’Avril à Juin.
Le site est une gorge rocheuse et les plantes sont arrimées à la paroi verticale, profitant d'une faille, d'un petit trou, d'un coussin de mousse ou d'un amas de débris de végétaux et de calcaire pour y glisser quelques courtes racines. Quelques plantes montrent du centre de la rosette les futurs feuilles estivales plus longues. L'exposition est ombragée, ne recevant que quelques rayons de soleil aux heures les moins chaudes, l'atmosphère est fraîche. Elles poussent en nappes circonscrites qui suivent l'humidité. L'eau est là, pas loin, visible pas la couleur plus foncée de la roche, elle se contente de ruisseler quelques gouttes sans bruit. Nous repartons, en ligne droite, en direction du sud espagnol. Ce fut pour moi la première rencontre, sur son terrain, avec Madame Pinguicula. Tant de délicates fleurs devant mes yeux, entreprendrait elle de me séduire ?



Le flot tumultueux du rio Bellos léchant une colonie de P. longifolia. Plaisir des jumelles.




Le site d'Anisclo en bordure d'une route étroite et sinueuse (photo Serge Lavayssière).
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Fleur violacée de P. longifolia. Le profil révèle un éperon et une tige florale gluante où quelques insectes s'y sont collées, Canyon d'Anisclo.

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Le site de Hoz de Beteta, altitude de 1200m.




Les racines directement dans la roche, P. dertosensis prolifèrent en surplomb.

3ème Jour. (Hoz de Beteta, altitude de 1200m)

Il pleut. Nous avalons rapidement un petit déjeuner car chacun à rendez vous avec Madame Pinguicula dertosensis, nous avons aucune envie de la faire attendre. Serge pilote énergiquement, Eric a toujours le nez dans les cartes et pour ma part je suis un kidnappé ravi. Nous avançons vers le sud et les paysages se succèdent, des vastes plantations de colza sur les plaines aux pieds de champs d'éoliennes, des soudaines barres rocheuses que les vautours s'approprient. Nous sinuons en suivant la gorge du Rio Guadiela et nous arrivons à Hoz de Beteta, 1200m, Sierra de Cuenca. Il fait frais. Une parois abrupte, orientée SO/NE, s'élève devant nous percée d'une conduite métallique donnant une curieuse impression. Après avoir grimpé un raide dénivelé, les pinguiculas sont plantées dans la paroi, les racines dans la roche calcaire humide. Les plantes semblent plus à même la roche qu'au Canyon d'Anisclo.

Pinguicula dertosensis est une plante vivace, en rosette, d'un diamètre de 20cm. Elle est endémique de l'Espagne et sa répartition s'étend du centre vers l'est.
Elle pousse sur des falaises calcaires verticales, les racines plantées dans la roche. Au printemps la floraison suit l'apparition des premières feuilles carnivores puis la plantes produit durant toute la saison chaude des nouvelles feuilles avant de former un hibernacle. Les feuilles affichent une couleur rougeâtre sous l'exposition solaire.

L'eau ruisselle timidement à des endroits y déposant son calcaire. Des plantes sont tombées sur le sol, probablement devenues trop lourdes, et sont vouées à une mort certaine, laissant ainsi la place aux jeunes plantes.
La floraison est à venir mais quelques plantes précoces offrent une fleur au regard, plus bleutée que P. longifolia. La luminosité de la paroi claire est forte malgré une exposition ombragée.Les feuilles affichent une jolie couleur rousse sous l'exposition solaire Le temps s'est de nouveau arrêté, charmante rencontre! Nous continuons notre route vers le sud en direction de la Sierra de Segura.



Une petite colonie de P. dertosensis trônait juste en dessous du trou dans la roche abritée par la conduite forcée.
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Rosette de P. dertosensis, les feuilles prennent une couleur rougeâtre sous le soleil. Notez le ruissellement d'eau.
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Fleur violacée et bleutée de P. dertosensis, Hoz de Beteta.


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Cerrada de Elias
au bord du Rio Borosa, altitude de 900m. Les plantes sont sur la paroi de droite (photo Serge Lavayssière).

 

 



Sierra de Segura.

4ème Jour. (Cerrada de Elias, La Iruela, Sierra de Las Villas)

Nous avons passé la nuit dans le parc naturel de Cazorla, Segura et las Villas. Elle fut réparatrice du long trajet de la veille. Eric trépigne d'impatience et s'affaire sur les cartes, Serge n'a toujours pas décidé de lâcher le volant et fonce, je suis encore bâillonné avec joie. Les festivités s'annoncent bien remplies, nous visiterons 3 sites de Pinguicula vallisneriifolia et peut être apprécierons nous la variabilité de la fleur, plus grande et pale vers le nord, plus petite et sombre vers le sud.

Elle est endémique de l'Espagne, répandue sur plusieurs montagnes de la province de Jaén, Sierra de Segura (le plus important), Sierra de Cazorla et de Las Villas. Au printemps, la plante produit les premières feuilles carnivores, fleurit puit émet des stolons capables de reproduire une plante. En été, elle forme une rosette de longues feuilles tombantes, fines et non charnues, de 20 à 30 cm de long et 3cm de large. Cette grassette est remarquable par sa taille énorme et sa particularité à se reproduire par des stolons. Comme P. longifolia ssp. longifolia, elles disposent de glandes digestives sur les 2 faces des feuilles. Fascinant !

Sierra de Segura, Cerrada de Elias, altitude de 900m.
Matinal, nous marchons sur un agréable chemin tortueux le long du Rio Borosa. D'un bon pas, nous atteignons en 30 minutes le site de Cerrada de Elias, une gorge. Les plantes sont à la portée de la main et sous les yeux, vissées à la paroi le long d'un chemin étroit en bois suspendu à la roche. Il est trop tôt pour admirer la floraison mais quelques plantes nous dévoilent des fleurs encore immatures dont nous apercevons la couleur violette pâle. Les conditions sont superposables aux sites des 3 derniers jours, une paroi rocheuse calcaire ombragée avec un peu de soleil direct, une température fraîche, une humidité donnant à la roche une couleur sombre jaunâtre, agglomérats calcaires, et de faibles ruissellements. La population de P. vallisneriifolia se réveille, certaines plantes sortent tout juste de leur hibernacle. Le rituel photographique s'impose, comme à chaque fois que nous la rencontrons, Madame Pinguicula sait prendre la pose. Même sans fleur, je reste subjugué. Nous filons, le temps est précieux.

"Les fleurs sont presque blanche et les lobe de la corolle se chevauchent moins qu'au site de Cazorla" (Jurg Steiger, ICPS database, 1973).




P. vallisneriifolia en nappe suivant une faille humide de la roche, Cerrada de Elias.



Rosette de P. vallisneriifolia émettant des stolons, Cerrada de Elias.

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Sur le même site de P. vallisneriifolia, la naissance d'une fleur contrastant avec un hibernacle, Cerrada de Elias (Photo de droite Eric Partrat).


Le site de La Iruella.
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Sierra de Cazorla, des oliviers à perte de vue.

Sierra de Cazorla, La Iruela, altitude de 1200m.
Le soleil est au zénith, la pluie n'est qu'un souvenir lointain. Nous empruntons les petites routes et zigzaguons au grès des courbes de niveau. En voulant voyager au plus court, nous nous égarons dans un dédale de chemins menant à une multitude d'oliveraies. Les cartes et la boussole ne suffisent pas, nous rebroussons chemin. D'oliviers en oliviers, laborieusement, le périple nous amène au site magnifique de La Iruela. Le rythme de marche est soutenu, Eric cavale devant adrénalisé par l'impatience. Une première colonie de P. vallisneriifolia se manifeste au cours de l'ascension vers la cascade. De rares plantes offrent des boutons floraux, nous nous en doutions. Ici, la fleur doit être plus foncée qu'au site de Sierra de Segura. De nombreuses plantes sont tombées sur le sol, encore vertes mais pas pour longtemps, dures lois de la nature. L'eau ruisselle plus abondamment, la végétations en contre bas est revêtue d'une gangue calcaire, Végétal mi-minéral. Le bouquet final de l’ascension est la cascade d'eau tombant sur un rocher pointu et la falaise tapissée de P. vallisneriifolia. Là haut, sous le départ de la cascade les plantes sont presque inondées et sur les falaises rocheuses latérales elles poussent sur une roche humide non suintante. Nous restons quelques courts instants à contempler avant de repartir vers notre dernier rendez vous. Non seulement la plante est ravissante mais son habitat est somptueux. Elle a décidément bon goût !



Ces P. vallisneriifolia poussent sur un mélange humide de débris végétaux et de calcaire, La Iruella.
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Les racines à nu sur la roche de P. vallisneriifolia, La Iruella.
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Bouton florale et tapis de goutelletes de glu d'une feuille de P. vallisneriifolia, La Iruela


Le site de Sierra de Las Villas, il suffit de descendre de la voiture de Serge (photo Eric Partrat).


Touffe de P. vallisneriifolia sur une paroi ruisselante, Sierra de Las Villas.



Sierra de Las Villas.
Nous avions hâte d'arriver à ce dernier site. L'anecdote est d'Août 1994, Serge avait trouvé 2 fleurs blanches sur ce site, moment tardif pour la floraison. Notre visite étant précoce, nous espérions trouver quelques boutons floraux comme sur les 2 sites précédents. Après avoir franchi une route en lacet, nous obliquons vers la droite et empruntons un chemin. Les plantes sont accrochées à la paroi, visibles de la voiture, un "site-drive". L'humidité est moins présente et ne ruisselle qu'à un court endroit hébergeant la majorité des plantes. Certaines sont disposées en touffes et d'autres sont seules, pionniers sur une falaise sèche, logées dans des anfractuosités rocheuses humides. Les conditions sont réunies, falaise calcaire humide, fraîcheur et exposition ombragée. Une plante montre un bouton florale coloré, violet, pas de blanc à l'horizon. La journée se termine, nous repartons vers le sud-est en direction du Rio Mundo. Une pause sur le bord de la route permet de rencontrer 2 orchidées, Ophrys scolopax et Ophrys lutea. Belles gosses !



Une paroi ruisselante colonisée par P. vallisneriifolia, Sierra de Las Villas.


La roche est sèche mais les étroites alcôves demeurent humides, Sierra de Las Villas.

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Bouton florale de P. vallisneriifolia et Ophrys scolopax.
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La cascade du Rio Mundo surgissant de la falaise.
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En se retournant, face à la vallée et dos à la cascade, Rio Mundo.

5ème Jour. (Rio Mundo et Tortosa)

Rio Mundo.
Le réveil est matinal, nous accusons le coup d'avoir parcouru 2500 Km en si peu de temps. Je tombe de mon lit, la journée est encore chargée de plaisir. Nous prenons le petit déjeuner avec Madame Pinguicula mundii, le thé avec Madame Pinguicula longifolia ssp longifolia dans le nord à Tortosa et nous dînons en France. Serge fonce, Eric étudie la carte et je me suis ligoté moi même. Il fait frais et les paysages sont brumeux. Nous grimpons en direction du cirque de falaises verticales où le Rio Mundo surgit d'un trou dans la paroi pour s'écraser au sol une trentaine de mètres plus bas. Le brouillard d'eau soulevé baigne la roche, substrat douillet pour les racines de P. mundii.

Elle est endémique de l’Espagne, entre Alcaraz et Orcera, et précisément de la source du Rio Mundo. Cette espèce présente un aspect "intermédaire" entre P. longifolia ssp. longifolia et P. vallisneriifolia. Au printemps, la floraison suit l’apparition des premières feuilles carnivores puis la plante produit durant toute la saison chaude des nouvelles feuilles avant de former un hibernacle pour l’hiver.

Le lieu est enchanteur. Les ruissellements sont omniprésents, le site est beaucoup plus humide que les précédents. Les plantes sont partout, vissées dans la roche et sur quelques amas de mousses, de débris divers et calcaires. Les fleurs ne nous accueillent pas, quelques boutons floraux laissent percevoir une couleur violette. La séance photographique est plus délicate, l'eau nous entoure et le sol est glissant. Nous avons encore du chemin avant de prendre le thé, la visite est rapide mais quand le temps s'arrête cette notion devient désuètes. Cette fois ci, je pilote, Eric surveille notre itinéraire et Serge somnole en dodelinant de la tête. Nous remontons vers le nord en longeant la côte espagnole. Un bref instant, la Méditerranée fut distinguable.

Tortosa.
Sous un soleil hardant, nous marchons à travers des oliveraies. Eric trépigne devant nos arrêts contemplatifs de fleurs rencontrées sur le chemin. Le terrain devient plus chaotique et difficile à pratiquer, nous nous réfugions dans le lit à sec d'un ruisseau montrant quelques signes d'humidité au fur et à mesure de l'ascension. Il fait chaud et nous perdons de l'entrain. La carte donnait pourtant l'impression d'un site à proximité. Nous vérifions de nouveau notre route et nous repartons. L'ombre est discrète et la soif se fait réellement sentir. La prudence nous fait rebrousser chemin, nous n’avions pas prévus une marche aussi longue et difficile. Le retour est douloureux, le chemin parcouru à l'allée semble à
rallonge et d'autant plus sous la chaleur. Avec le recul, nous étions sur le bon chemin et les plantes étaient encore plus en amont, nous le savions mais nous pensions le site plus proche. Je m'en veux encore d'avoir posé un lapin à Madame P. longifolia ssp. longifolia. Je reprends le volant en direction de Béziers, nous y dînerons. Ce trajet fut l'un des plus silencieux.



P. mundii vissées dans la roche, Rio Mundo.





P. mundii
, Rio Mundo.
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Bouton florale de P. mundii et Ophys lutea (Photo Serge Lavayssière)

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A droite et à gauche, la falaise héberge une vaste colonie de P. longifolia ssp. caussensis, Le Rozier, Gorges du Tarn.
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6ème Jour. (Le Rozier, Gorges du Tarn, altitude de 840m)

Cette nuit fut plus reposante. Nous repartons en direction de Paris, je conduis le bolide et les 2 autres sont ligotés. Ils allaient me mettre en retard car je... enfin nous devons saluer Pinguicula longifolia ssp. caussensis du coté de Millau. Elle est endémique du Causse en France, le long des Gorges du Tarn, à environ 15 Km de Millau.
Il s'agit encore d'un « site drive », les plantes sont sur le bord de la route, accrochées à la falaise, le long des Gorges du Tarn. Charmant accueil, des petites taches bleutées mouchettent la roche. Eric me fait apprécier la grande variabilité des fleurs, par la couleur des pétales et la tache blanche arrondie au centre, me donnant l'impression qu'aucune n'est identique. Les conditions sont différentes des sites précédents, le plein soleil de fin de mâtiné, l'atmosphère moins fraîche et la roche calcaire modérément humide sans ruissellement. La plante préfère ses racines plantées dans un agglomérat de débris végétaux ou de mousse que dans la roche. L'échec cuisant de la vieille s'estompe devant cette magnifique floraison offerte au trafic routier qui n'en profite même pas. Madame P. longifolia ssp. caussensis, vous êtes gracieuse et fière sur votre rocher et j'apprécie aussi beaucoup toutes vos copines. Je crois avoir été réellement séduit, mon dernier rempart venait de s'écrouler. Paris fut notre prochaine et dernière étape. Ce soir là, je suis rentré chez moi avec une nouvelle pensionnaire, un don de Serge, et surtout avec le souvenir d'avoir passé 6 jours quelque part mais pas sur la Terre.


Une multitude de fleurs bleutées (Photo Serge Lavayssière).






P. longifolia ssp. caussensis, Le Rozier, Gorges du Tarn.
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P. longifolia ssp. caussensis, Le Rozier, Gorges du Tarn
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