Nepenthes bicalcarata.


UNE HISTOIRE D'ADAPTATION
Plantes Carnivores

18/07/05

UNE LENTE EVOLUTION:

Il y a quelques centaines de millions d'années, exista un super continent unique, la Pangée, qui lors d'une fracture se morcela en 6 : l'Afrique, l'Amérique du Sud, l'Antarctique, Madagascar, l'Australie et l'Inde. En chaque territoire dérivant aux grès de la tectonique, la vie inventa des formes nouvelles pour s'adapter à toutes les exigences des lieux créant ainsi la diversité. L'isolement géographique favorise aussi l'endémisme, l'originalité des êtres et leur unicité, le cas de l'Australie qui demeura le plus longtemps isolée du reste du monde et qui conserve une faune et une flore anciennes. D'ailleurs ce continent est richement doté de plantes carnivores (une centaine d'espèces). On peut penser que le genre Drosera est le plus primitif car il est réparti sur les 5 continents donc probablement présent avant la dislocation de la Pangée.

La carnivorité semble apparaître au cours de l'ère secondaire (le Crétacé supérieur) comme en témoignent quelques grains de pollen fossiles (un ancêtre de Aldrovanda vesiculosa, famille des Droseraceae) d'environs 75 millions d'années, époque où les angiospermes(plantes à fleur) se diversifièrent rapidement et recouvrirent la terre entière. Cependant, ce fossile ne dit pas si plante avait des feuilles carnivores. La carnivorité chez les plantes fut une longue évolution amenant certaines espèces vers la capture de proies et surtout à leur digestion mais certainement pas un phénomène unique puis transmis à la descendance.

Cette évolution s'est produite à plusieurs reprises, engendrant des lignées de plantes évolutives, coexistantes et différentes entre elles. La carnivorité implique la CAPTURE et la DIGESTION permettant la transformation des proies en substances assimilables utiles à la croissance de la plante. En toute rigueur, il doit y avoir ces 2 phénomènes pour l'affirmer mais parfois la nature ne peut se laisser classer dans le tiroir voulu. Cette manie de tout ranger dans des cases étiquetées ne laisse pas de place à cette magie végétale fantaisiste. Originaire d'Afrique du Sud, les Roridula capturent des proies avec leurs poils à glu mais sont incapables de les digérer. Elles servent de pitance à un autre animal, qui digérée et une fois déféquée devient un engrais pour la plante. Saluons aussi les plantes myrmécophiles qui fournissent le gîte à des fourmis et profitent ainsi de leurs excréta.

Les plantes carnivores sont réparties sur les 5 continents et leur habitat peut être terrestre, aquatique, semi-aquatique ou épiphyte. Elles se rencontrent dans des milieux "pauvres" en nutriment (surtout azotés) comme les tourbières acides, les eaux acides, les sols sableux lessivés... Leur régime carné (apport azoté) leur permet adaptation et croissance à l'abris de la concurrence végétale. Leur croissance et leur durée de vie peuvent être très compromises dans un milieu "riche" donc toxique. Les genres Droséra et Utricularia sont présents sur tous les continents et représentent 75% des espèces. Le genre Héliamphora ne se retrouve qu'au Nord de l'Amérique du Sud à une altitude moyenne de 2000 m. Le genre Céphalotus disposant que d'une seule espèce est localisé uniquement sur la point Sud-Ouest de l'Australie. Brochinia reducta, de la famille des Broméliacées, est reconnu carnivore depuis 1984, découverte relativement récente. Drosophyllum lusitanicum a la particularité dans le monde des plantes carnivores de préférer un environnement sec et Triphyophyllum peltatum présente un caractère carnivore ponctuel dans son existence. Retenons de cette brève énumération, cette réelle diversité aussi bien dans le nombre, l'habitat, la forme, la taille, le piège, la fleur... et que le monde vivant n'est pas totalement recensé.



La dislocation de la Pangée détermine
une nouvelle distribution des masses continentales et océaniques.
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TO BE CARNIVORE OR NOT?

Parmi les 250 000 espèces de phanérogames (plantes à fleurs), 550 sont carnivores (0,2%, 2 pour 1000) et représentées par 9 ou 10 familles et 17 ou 18 genres. Il est toujours possible de discuter de la réelle carnivorité de certaines plantes car sa définition est controversée. Je vous propose quelques ligne afin de vous sensibiliser à la difficulté de classer le monde des vivants. Pratiquement tous les genres sont dicotylédones.

Une définition de la carnivorité: Une plante doit remplir ces 3 conditions:

1- Absorber des nutriments d'animaux morts à son contact et en obtenir un bénéfice par une augmentation de sa croissance, des chances de survie, de la production de pollen et de graines.
Ce 1er point permet de séparer la carnivorité d'une adaptation défensive sans bénéfice pour la plante.

2- Etre dotée de systèmes d'adaptation permettant une attraction active, une capture et/ou une digestion des proies.
Ce 2ème point permet de séparer la carnivorité des plantes qui profitent passivement de la décomposition d'animaux mort.
Pour certains, être protocarnivore est de remplir les conditions 1 et 2 mais dont les caractéristiques (attraction, capture, digestion) sont aussi des fonctions inséparables pour d'autres buts que la carnivorité.

3-Implique nécessairement la production d'enzymes digestives.
Pour quelques genres (Brocchinia, Captosis, Heliamphora, Paepalanthus), la digestion est provoquée par la présence de bactéries dans les urnes permettant la décomposition de la proie qui libère des éléments nutritifs absorbés par la plante. Pour d'autres, ces végétaux peuvent être qualifiés de protocarnivores.

Cette définition est discutable et il ne s'agit pas d'en débattre. Simplement, pour être carnivore il faut attirer et capturer et digérer. Enzyme ou pas finalement la plante en prospère! Être protocarnivore est peut être une adaptation en cours de carnivorité... Nous les observons qu'à un maigre instant de leur évolution, qu'adviendra t-il demain?


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UN BRIN DE TAXONOMIE:

Afin de recourir à une parfaite compréhension, un petit mot sur l'écriture de nos plantes. Parlons de Taxinomie (ou Taxonomie), sa définition issue d'un banal dictionnaire est "étude théorique des bases, lois, règles, un principe de classification". Nous pouvons aussi employer Nomenclature, "ensemble des terme employés dans une science", ou Terminologie (botanique).

Elle consiste à identifier une plante par son nom latin, le genre en premier avec une majuscule et en italique, suivi de l'espèce en italique sans majuscule (Drosera scorpioides, Nepenthes bicalcarata). Remarquons que certains genres ne disposent que d'une seule espèce (Céphalotus follicularis). Pour plus de précisions, terminons en mentionnant le nom du 'découvreur', personne reconnue qui a décrit la plante et de l'année (Dionaea muscipula Solander 1768). Rajoutons encore une couche, la dionée s'appelle Dionaea muscipula Solander ex Ellis 1768. Auparavant elle portait le nom d'Ellis, pourtant Solander en avait fait une description plus précoce mais jusqu'alors non reconnue. Un peu plus, imaginons que 2 'découvreurs' différents découvrent la même plante. Celle-ci portera alors les 2 noms, le temps qu'elle soit définitivement classée, temps plus ou moins long. Il n'est pas toujours aisé de s'entendre dans le temps et l'espace, certains filous profitent même de ces confusions.



Drosera stolonifera.

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